| | LANGUE
BRETONNE, BRETON (BREZHONEG)
|
La langue bretonne
 |
|
Traité
de botanique en vieux-breton rédigé
vers 590
|
La langue bretonne est une langue celtique de la branche
brittonique. Elle fait partie du groupe des langues
indo-européennes, comme la majorité des
langues parlées en Europe. Parlé depuis
le Ve siècle, le breton demeure la langue spécifique
à la Bretagne. Il est parlé par près
de 300.000 personnes. Écrite dès le IXe
siècle, la langue bretonne comporte une littérature
écrite mais aussi orale très importante.
Le plus ancien texte attesté date de 590. Les
brittophones (locuteurs de breton) souhaitent que le
breton ait toute sa place dans le concert des langues
du monde. Cela passe par sa reconnaissance officielle,
son enseignement et sa diffusion.
Le breton dans le foisonnement des langues
Le breton en tant que langue indo-européenne
fait partie de la grande famille des langues européennes.
Exception faite du basque, du finnois, du hongrois et
d'autres langues de la même famille, la majorité
des langues parlées en Europe sont d'origine
indo-européenne. On y trouve tant des langues
romanes comme l'italien ou le français, des langues
germaniques comme l'allemand ou l'anglais et des langues
slaves comme le russe ou le tchèque. Les langues
celtiques en sont partie intégrante.
| |
|
Le
groupe des langues celtiques se compose de deux sous-groupes
: le brittonique et le goïdélique (ou gaélique).
Dans le groupe brittonique, on trouve donc le breton mais
aussi le gallois et le cornique. Dans le groupe goïdélique,
on trouve les trois formes de gaélique, c'est à
dire le gaélique d'Irlande (irlandais), le gaélique
d'Écosse (écossais) et le manx (manxois).
Aujourd'hui 6.000 langues sont parlées dans le monde.
Le breton n'est pas la seule langue menacée. Les spécialistes
prédisent que d'ici 2100 seules 3.000 langues seront
encore parlées.
Origines de la langue bretonne
Le breton en tant que langue celtique est apparenté
au gaulois (langue éteinte de nos jours). Sa parenté
n'est toutefois pas directe. En effet, comme les autres langues
celtiques, le breton provient des îles britanniques.
L'évolution de la langue bretonne s'est effectuée
en quelques grandes périodes, résumées
ici sommairement. Avant le VIIe siècle, une langue
celtique appelée "brittonique" était
parlée dans une grande partie des îles britanniques
et de la Bretagne armoricaine (Bretagne actuelle). C'est à
partir du VIIe siècle que le breton apparaît
comme langue propre à la Bretagne. Plusieurs variantes
se succèdent (vieux breton, moyen breton, breton prémoderne).
À partir du XVIIe siècle, se dessine la langue
parlée de nos jours appelée "breton moderne"
en linguistique.
 |
|
Série
de différents dictionnaires bretons
|
Le breton est parlé dans toute la Bretagne. Le plus
grand nombre de locuteurs se trouve à l'ouest de la
Bretagne, mais il est parlé dans toutes les grandes
villes, comme à Rennes ou Nantes. Langue des élites
jusqu'au XIIe siècle, les Bretons se francisant, la
langue s'est trouvée cantonnée à des
groupes restreints de locuteurs. Aujourd'hui, l'enseignement,
si embryonnaire soit-il, permet de décloisonner le
breton. Il dispose de sa propre "académie"
à travers l'Office de la langue bretonne qui, en tant
que lieu d'échange des linguistes et des brittophones
soucieux de l'avenir de leur langue, permet de collecter le
patrimoine linguistique, de normaliser la langue et de la
promouvoir au sein de la société civile et des
institutions.
 |
|
Affiche d'une
des nombreuses manifestations en faveur de la langue
bretonne
|
Statut du breton
Cette richesse linguistique en Europe prônée
dans sa devise "Unité dans la diversité"
ne doit pas faire oublier que la langue bretonne est classée
par lUNESCO parmi les langues en danger sérieux
dextinction. Il s'agit du résultat d'une politique
lente mais persistance d'éradication de la langue bretonne
au sein de la population. L'absence de reconnaissance officielle,
et donc de transmission par l'école et les médias
ont freiné le développement et la diffusion
du breton.
Contrairement à de nombreuses langues européennes,
le breton n'a pas le statut de langue officielle de l'Union
Européenne comme le sont par exemple d'autres langues
minoritaires (basque, catalan, galicien ou irlandais), et
ne dispose pas non plus d'un statut officiel au niveau national.
Dans ce grand concert des langues d'Europe, le breton demeure
dans une situation inconfortable, contraignant ses locuteurs
à se battre chaque jour pour défendre leurs
droits linguistiques.
Formes locales du breton
Le breton est une langue aux multiples couleurs et accents.
Les différences linguistiques ne sont toutefois pas
très importantes, hormis peut-être l'accent tonique
pouvant varier.
Lintercompréhension, surtout pour les personnes
alphabétisées, est largement possible. On entend
souvent parler de quatre dialectes pratiqués par pays
historique (Léon, Cornouaille, Trégor et Vannetais)
en y ajoutant parfois le Goëlo. Même si l'accent
vannetais diffère, ces différences doivent être
relativisées. En effet, les brittophones (qu'ils soient
locuteurs natifs ou apprenants) s'aperçoivent rapidement
que comprendre un breton d'un endroit à l'autre de
la Bretagne n'est pas plus difficile que de comprendre un
Québécois ou un Toulousain pour un Parisien
! S'il faut retenir une différence, c'est bien entre
le breton parlé au nord-ouest et au sud-est de la Bretagne.
L'orthographe du breton
Toute personne s'intéressant au breton aura certaines
difficultés à se repérer dans le fourmillement
des différentes orthographes utilisées dans
de nombreux écrits. Comme toutes les langues vivantes,
l'orthographe du breton a évolué. Il est aujourd'hui
standardisé afin de répondre aux exigences d'une
langue de communication.
Aujourd'hui,
l'orthographe du breton la plus répandue est le "Peurunvan" signifiant
"complètement unifié". En effet, issu
d'un long travail de lexicographes, écrivains et linguistes
réputés, la standardisation du breton, nécessaire
à sa survie, s'est opérée durant tout
le XXe siècle pour en faire une langue moderne. L'orthographe
moderne du breton, s'est naturellement imposée dans
l'enseignement (écoles bilingues, organismes d'enseignement
pour adultes, université) et dans la vie publique (signalisation
bilingue en particulier). Les médias bretons et l'édition
l'utilisent aussi majoritairement. L'orthographe "peurunvan"
est aussi appelée KLTG, car elle est un subtile mélange
entre les formes du breton parlé en Cornouaille (K
pour Kerne), en Léon (L pour Leon), en Trégor
(T pour Treger) et en Vannetais (G pour Gwened). On l'appelle
aussi "graphie ZH" en référence à
la célèbre abréviation BZH (utilisée
sur les autocollants apposés sur les voitures) du mot
"Breizh" (Bretagne en breton).
Dans les années 50 apparaît une orthographe
appelée "skolveurieg" (universitaire) et
dans les années 70 une orthographe appelée "etrerannyezhel"
(interdialectal), synthèse des deux précédentes.
Entre les formes locales (léonardes et vannetaises),
celles utilisées par les écrivains avant que
la langue soit standardisée, et les nombreux tatonnements
et divergences des lettrés du XXe siècle, l'orthographe
la plus utilisée est aujourd'hui le "peurunvan".
L'avenir du breton
 |
|
BD en breton.
Le breton, langue moderne s'adapte à tous les
contextes !
|
La langue bretonne combattue pendant de nombreuses années
focalise aujourd'hui beaucoup d'énergie. Régulièrement
des études sociologiques ou de simples sondages démontrent
l'intérêt des Bretons pour leur langue. Ils souhaitent
son enseignement et sa large diffusion. Aujourd'hui, apprendre
le breton relève plus d'un choix que d'une situation
de fait. Le destin d'une langue se dessine par sa capacité
à être transmise naturellement, l'école
étant pour cela le relais idéal, la famille
le relais naturel et les médias le relais social.
Les prémices d'un réveil se font aujourd'hui
sentir. Face au mépris passé et à certaines
positions encore arc-boutées sur une doctrine de monolinguisme,
de nombreuses voix se lèvent dans le monde politique
pour promouvoir le multilinguisme et les langues régionales.
Souvent issus des régions où une langue minoritaire
est pratiquée, ces élus de droite comme de gauche,
simples conseillers municipaux ou aux plus hautes fonctions
de l'État, réagissent. Encore trop timidement
pour ceux qui voient les langues régionales s'essouffler.
Mais c'est un premier pas.
 |
|
Affiche de l'opération
"Ya d'ar Brezhoneg", initiée par l'Office
de la langue bretonne pour promouvoir le breton dans
les entreprises et les collectivités territoriales
|
Pour exemple, le Conseil Régional de Bretagne a voté
en décembre 2004, à lunanimité,
son projet de politique linguistique pour la Bretagne. Sa
priorité est de sauver les langues bretonne et gallèse
et de renforcer leur apprentissage dans les classes bilingues.
Au terme dun débat qualifié dhistorique,
tous les élus de lassemblée régionale
se sont prononcés en faveur de la reconnaissance officielle
du breton et du gallo.
Enfin, le Conseil Régional de Bretagne a de nouveau
exigé que la France ratifie la charte européenne
des langues régionales et minoritaires. Les verrous
commencent à sauter. Il ne reste plus qu'à attendre
que les chaînes se brisent !
"Bale skañv ha gwelet a-bell a zo merk un
den a boell" (Marcher doucement et voir loin sont
la marque d'un homme sensé).
Article rédigé par Mikael Bodlore-Penlaez
© www.geobreizh.com
Conseil de lecture : Hervé
Abalain, Pleins feux sur la langue bretonne, Éd. Coop
Breizh, sept. 2004
| |